La concession du Pilier

Article du Bulletin N° 37

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Le 9 avril 1998 un décret accordait à un groupement de six sociétés régionales dit “groupement du Pilier” une autorisation d’extraction en mer de sables et de graviers, sur un secteur quadrangulaire de 8,2 km2 de fonds marins, au Nord de l’îlot du Pilier, à égale distance de la pointe de l’Herbaudière et de la pointe de Saint-Gildas. Il était prévu d’extraire 2 000 000 m3 par an pendant 20 ans à l’aide d’une flotte de cinq navires équipés d’un système de dragage hydraulique capable de récupérer les granulats par 20 mètres de fond.

Une enquête publique avait lieu à la fin de l’année 1998. Nous y participions et nous étions inquiets des effets de cette exploitation :

* sur la pêche professionnelle : la zone du Pilier est une zone de transition entre les nourriceries de la Baie de Bourgneuf et les zones de pêche,
* sur les côtes sableuses de notre île : la création d’une fosse de 40 000 000 de m3 entre l’estuaire de La Loire (d’où vient notre sable) et notre île nous semblait de nature à diminuer l’apport de sable sur nos plages et par conséquent aggraver la menace d’érosion des dunes qui nous protègent de l’océan.

Nos craintes étaient suffisamment entendues pour que le Préfet assortisse son autorisation d’exploiter d’une CLIS (Commission Locale d’Information et de Surveillance) qui devait se réunir tous les ans. Il annonçait un bilan au bout de cinq années, ce bilan devant être déterminant pour décider ou non de la poursuite de l’exploitation.

COMMENT FONCTIONNE UNE CLIS ?

Dans un souci de “transparence” donc, le Préfet de la Loire-Atlantique créait une CLIS à laquelle l’association “Vivre l’île 12 sur 12” était invitée à participer. On trouvait dans cette commission des représentants de l’État, des élus, des professionnels de la pêche, des associations et les exploitants. L’objet de la CLIS était de participer à un programme de suivi environnemental qui devait garantir l’innocuité de l’exploitation sur l’environnement.

La première réunion se tenait le 15 décembre 2000. La réunion avortait rapidement car le bureau d’études chargé du suivi environnemental n’avait même pas jugé bon de se déplacer. La Secrétaire Générale de la Préfecture notait dans le compte rendu qu’une nouvelle réunion aurait lieu “lorsque les informations nécessaires à la réouverture de la concertation seront disponibles”.

Confiants, nous attendions une nouvelle convocation dans les semaines à venir.

Cependant, quand même inquiets, le 24 juin 2001, nous demandions des nouvelles : pas de réponse.

Furieux, le 10 mai 2002, nous faisions un compte rendu de ces débuts laborieux à Mme. la ministre de l’Écologie et nous lui demandions d’intervenir. Miracle ou efficacité ministérielle nous étions convoqués pour le 2 juillet 2002 !

Le compte rendu des travaux faits par les exploitants permettait de se rendre compte que la souille créée par l’extraction n’évoluait pas du tout comme cela avait été prévu dans l’étude d’impact : le volume de la souille ne correspondait pas du tout au volume de sédiments extraits par les dragues. Il se passait un phénomène que tous les non experts avaient prévus : quand on creuse sur la plage dans le sable détrempé, le “trou” se comble rapidement et modifie la topographie des environs du trou. Nous avons demandé aux experts une explication, ils ont déclaré être surpris par le phénomène mais promettaient de nous fournir une explication…la prochaine fois !

Un mois, deux mois, un an après cette réunion décevante, nous n’avions pas reçu de compte rendu de réunion… Des fonctionnaires avaient été déplacés et la réunion étaient bien loin. Quelqu’un devait quand même se réveiller puisque 14 mois après la réunion, en même temps qu’une convocation pour une nouvelle CLIS, le compte rendu nous parvenait enfin : incomplet, éludant les questions gênantes.

La troisième CLIS (en quatre ans) se réunissait donc le 25 septembre. Une étude biosédimentaire très scientifique était distribuée, cette distribution tardive rendait son exploitation par les participants impossible. Dès le début nous faisions remarquer à M. le Secrétaire Général de la Préfecture que la désinvolture avec laquelle la CLIS fonctionnait était humiliante pour les citoyens que nous représentions et pouvait être prise comme une marque de mépris envers la société civile.

Le même type de “dialogue” reprenait :

* incapacité d’expliquer l’évolution de la bathymétrie (mesures des profondeurs marines) sur et aux approches de la concession,
* refus d’envisager une étude sérieuse des effets de cette extraction sur les plages noirmoutrines sous prétexte qu’elle serait trop onéreuse,
* refus d’envisager, comme le demande IFREMER, une étude élargie des effets de la concession sur les fonds marins,
* rejet, comme non fondées, des observations des professionnels de la pêche qui constatent une modification spectaculaire des fonds marins et un appauvrissement catastrophique des ressources halieutiques.

Après quelques moments de ce dialogue de sourds, les professionnels de la pêche exaspérés, demandaient officiellement au Préfet de suspendre l’autorisation d’exploiter.
L’année prochaine la CLIS correspondra à la cinquième année d’exploitation de la concession. Nous avons écrit au Préfet pour lui demander de modifier les prescriptions de son arrêté afin que le bilan des conséquences environnementales prévu soit suffisamment précis pour que la procédure retrouve un peu de crédibilité.

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