Les ganivelles des Éloux

Dans le Courrier Vendéen du 27 août, un dossier sur la défense contre la mer : dans la photo illustrant l’article ci-dessous, on dirait que Monsieur Faucher montre à Madame Collier l’endroit précis où les ganivelles hydrauliques semblent inefficaces pour protéger le trait de côte.

Courrier vendéen du 27 août 2009

Le 23 septembre, nous avons écrit à Monsieur Faucher, Président de la Communauté de communes, pour lui demander quelles mesures allaient être prises pour éviter la destruction de la dune au niveau de l’épi rocheux qui, en augmentant la turbulence, empêche la déposition du sable. Notre lettre est illustrée de photos, et fait référence aux articles du blog qui évoquent ce problème.

Vous pouvez lire ci-dessous le texte de notre lettre :

Monsieur le Président,

Un article du Courrier Vendéen du 27 août 2009 rend compte de votre souci permanent de défendre l’île de Noirmoutier contre les attaques de la mer (Dossier de la rédaction « Défense contre la mer dans le Nord-Ouest Vendée »). C’est pourquoi nous nous permettons d’attirer votre attention sur les effets néfastes d’ouvrages anciens, que d’ailleurs vous semblez pointer du doigt sur la carte de l’île que vous regardez avec Madame Collier dans la photo illustrant l’article du Courrier Vendéen.
Vous vous souviendrez que la Communauté de communes a adopté le 14 septembre 2006 les conclusions d’une étude concernant la dune des Éloux, que nous résumons ci-dessous :

  1. La priorité doit être donnée au rechargement en sable : les quantités prévues au regard de la situation actuelle sont insuffisantes. Elles devront être doublées. La granulométrie appropriée existe à la Fosse, mais la grande quantité de sable prélevée récemment ne permet plus de nouveaux prélèvements avant le rechargement naturel de la plage.
  2. Le perré bas devra être enlevé : même recouvert par du sable son effet sera néfaste. (NB. : Ce perré a été enlevé entre temps.)
  3. Les épis en enrochement prévus auront un impact négatif. Il déstabiliseront le trait de côte. L’épi actuel dit des Éloux devrait être remis en question après une étude de l’effet de sa suppression sur les casiers de sable en amont. (Le conseil communautaire avait en son temps décidé de ne démonter que les planches horizontales pour des raisons mystérieuses.)
  4. Les ganivelles hydrauliques seront installées à titre expérimental : il faudra contrôler leur efficacité.

Recommandations:

  • actualiser les données bathymétriques dans les zones où elles sont insuffisantes,
  • affiner la topographie des platiers rocheux,
  • actualiser les données de houle,
  • intégrer dans le modèle le port de Morin et tous les épis ainsi que les perrés bas,
  • revoir le projet de protection de la cellule hydraulique entre le port de Morin et la pointe de la Loire.

L’installation des ganivelles hydrauliques sur la plage des Éloux a commencé en octobre 2006. Nous vous suggérons de consulter le site internet de notre association, www.12sur12.org, où vous trouverez, en choisissant la catégorie « défense contre la mer », toute une série d’articles démontrant, photos à l’appui, l’efficacité complète de ces ganivelles hydrauliques sur la partie sud de la plage. Malheureusement, ces mêmes photos montrent également une érosion aggravée au nord.
Notre article du 6 décembre 2008 commente les photos en ces termes:

« On constate aussi que la dune à cette extrémité Nord de la plage est mal protégée par les ganivelles et que de grands pans de dune s’affaissent. Une étude a donc été demandée pour essayer d’expliquer les causes de ce dysfonctionnement des ganivelles hydrauliques. Les spécialistes de l’érosion des plages d’un bureau d’études coûteux ont étudié soigneusement la configuration de la plage et le régime des houles et ont conclu que cette érosion intempestive était due à un épi (voir photo ci-dessus) situé en extrémité Nord qui, en accroissant l’agitation provoquée par la houle accentuait la mise en suspension du sable qui repartait ainsi vers le bas de plage. Le bureau d’études recommandait que cet épi soit supprimé. En même temps que cette suppression, il fallait retenir le sable des plages amont.
Cette étude qui nous a coûté cher est maintenant vieille de plus d’un an. Rien n’a été fait.
C’est de l’argent jeté par les fenêtres. »

Les photos datant de la fin du mois d’août 2009 sont affligeantes: nous vous invitons à consulter les articles de notre blog daté du 27 et du 28 août 2009, afin de vous en convaincre.
Il nous semble urgent de prendre des mesures avant l’arrivée de l’hiver afin de protéger cette plage et la dune qui s’effondre.
Comme vous le dites si justement dans l’article précité, notre rôle : « consiste [..] à entretenir les protections naturelles existantes, comme les dunes. Notre rôle est d’aider la nature à se protéger et à nous protéger. »
Nous vous serions reconnaissants de nous communiquer les mesures que la Communauté de communes compte prendre afin d’éviter la destruction de la dune des Éloux au niveau de l’épi incriminé.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma haute considération.

La Présidente :

M. T. Beauchêne

Une réflexion au sujet de « Les ganivelles des Éloux »

  1. Peut être que la communauté de communes a décidé d’abandonner à la montée de l’eau cette partie inhabitée de l’île dont la préservation serait trop coûteuse pour les collectivités.

    Pourquoi pas ?`

    C’est une solution qui est de plus envisagée en matière d’érosion marine.

  2. Oui, mais même si les dunes et le bois des Éloux sont inhabités, ils protègent une partie de l’île : s’ils disparaissent il faudra construire un mur pour éviter l’inondation des habitations situées en arrière.
    On pourrait transformer La Guérinière et l’Épine en une sorte de Fort Boyard! Après tout, la plage, c’est du luxe.

  3. vous voulez submerger un des trois bois (le deuxieme en superficie) dont dispose l’ile… C’est evidemment une blague n’est ce pas… Sinon on se dirige droit vers la réapparition des iles ancestrales (quelques siècles en arrière…) et évidemment la disparition du marais sous la mer…

  4. Si dans les années 1950 a 1980 , la politique que l’association préconise, a savoir ne pas réaliser d’ouvrages en dur mais recharger en sable, avait été appliquée, la commune de l’Epine n’existerait plus. Dans ces années, la mer a « mangé » le double cordon dunaire qui existait, notamment en son centre (plages de st jean) et c’est lorsque le dernier cordon dunaire a été attaqué que les épis puis enrochements frontaux ont été érigés. Je précise que l’agression de la mer a commencé bien avant la réalisation du Port de Morin dont on veut faire croire qu’il est source de tous les maux. Que dire plus loin encore des digues de la pointe du devin réalisées par nos anciens et qui protègent l’ensemble de l’ile. Alors aux Eloux, constatons plutot que c’est l’arrêt des protection lourdes avant la Pointe de la Loire qui est dommageable. Un jour viendra où continuer ces protections deviendra une évidence, mais que de temps et d’argent gaspillés d’ici là. En attendant….shadockons….

  5. Il est clair que les enrochements, murs, digues, et autres ouvrages durs de défense contre la mer pourront arrêter les vagues, mais ils ne protègent pas la plage.
    Dans le livre de Roland Paskoff « Les plages vont-elles disparaître? », l’auteur écrit (p. 29) : « Sur les plages en état d’érosion, les murs et les cordons d’enrochement ne procurent qu’un seul bénéfice : celui d’assurer, quand ils sont correctement dimensionnés, une protection efficace des biens immobiliers, lesquels, situés immédiatement en arrière d’eux, se trouveraient autrement en position de risque au moment des tempêtes. » Mais les études l’ont montré, et nous l’avons vu : la plage devant le mur ou l’enrochement disparaît. Lorsque les immeubles se trouvent trop près du rivage, il faut sans doute les protéger et se résigner à la perte de la plage; c’est d’ailleurs une des raisons d’interdire la construction dans la bande des 100 mètres!

  6. Les mesures officielles effectuées sur la plage de l’Epine montrent une érosion d’environ 150m depuis 150 ans. Une photo aérienne des années 60 dévoile une jolie plage au profil longitudinal harmonieux régulé par quelques épis en bois transversaux modulables en hauteur au gré des besoins. Les anciens acceptaient cette perte de territoire somme toute minime, puisqu’il n’y avait rien à protéger et que la largeur de la dune permettait de voir venir…
    Les malencontreuses constructions sur la dune bordière autorisées avant la loi littoral et illégalement après ont imposé les premières défenses longitudinales en enrochements puisqu’il fallait bloquer l’échange (déficitaire en sable) habituel entre la dune et la mer afin de protéger des biens, provoquant une situation nouvelle confuse.
    Le port du Morin n’a fait qu’accentuer cette érosion en bloquant une grande quantité de sable de la dérive sédimentaire nord-ouest, sud-est au nord de la digue. L’importante flèche de sable à l’entrée du port est une preuve supplémentaire du rôle essentiel joué par le port dans la perturbation de la dérive littorale.
    Les pieux hydrauliques et les rechargements en sable, bien que fort coûteux, ont montré une certaine efficacité qui pourrait vraisemblablement être améliorée. C’est aussi la dernière chance pour la plage. Les enrochements peuvent certes fixer le trait de cote, mais le sable à la base va disparaître (ce phénomène est parfaitement décrit dans tous les manuels, ceux de Messieurs Paskoff et Miossec en particulier) et les vacanciers iront chercher ailleurs le beau sable blond de la plage qu’avait connu leurs parents.

Laisser un commentaire