{"id":380,"date":"2001-12-27T21:51:03","date_gmt":"2001-12-27T20:51:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.matieres.com\/wordpress\/?p=380"},"modified":"2019-03-17T16:41:53","modified_gmt":"2019-03-17T15:41:53","slug":"profession-saunier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.12sur12.org\/?p=380","title":{"rendered":"Profession: saunier"},"content":{"rendered":"<p>Article du Bulletin N\u00b0 30<\/p>\n<p>\u201cCombien faut-il d&rsquo;\u0153illets pour vivre ? Peut-on vivre uniquement du sel ?\u201d<br \/>\nR\u00e9cemment, le Conseil de district \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 d\u00e9lib\u00e9rer sur le probl\u00e8me de \u201cl&rsquo;aide \u00e0 l&rsquo;\u0153illet\u201d. Pendant l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;id\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9dait la d\u00e9cision, un conseiller posa la question :<br \/>\n\u00a0\u201cEst-il utile d&rsquo;aider un saunier qui travaille moins de vingt oeillets ? Une exploitation de cette taille \u00e9tant insuffisante pour vivre, l&rsquo;encourager financi\u00e8rement ne serait-il pas une erreur.\u201d<br \/>\nNous avons \u00e9t\u00e9 intrigu\u00e9s par cette question et, lors du march\u00e9 du vendredi, nous avons<!--more-->\u00a0interrog\u00e9 deux professionnels, Isabelle Blanchard et Nicolas Garnier qui exploitent 64 \u0153illets.<br \/>\nIls nous ont propos\u00e9 de donner leur sentiment sur cette question et, par la m\u00eame occasion, de traiter du r\u00f4le des \u00e9lus dans la probl\u00e9matique de l&rsquo;aide de la collectivit\u00e9 \u00e0 la profession.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nQU&rsquo;EST-CE QU&rsquo;UN \u0152ILLET :<br \/>\nL&rsquo;\u0153illet est le point le plus bas, l&rsquo;aboutissement du circuit hydraulique du marais salant (mer, \u00e9tier, r\u00e9serves, marais-g\u00e2t, circuit interne). Bassin creus\u00e9 dans la\u00a0 couche naturelle d&rsquo;argile, il est le lieu o\u00f9 le sel se cristallise, dans une tr\u00e8s fine \u00e9paisseur d&rsquo;eau satur\u00e9e, la saumure. \u00c0 Noirmoutier, l&rsquo;oeillet mesure entre 35 et 90 m2.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nSURFACE MINIMUM D&rsquo;INSTALLATION (SMI), STATUT PAYSAN, PROTECTION SOCIALE :<br \/>\nLa SMI est une notion administrative fixant la taille minimum de l&rsquo;exploitation. Avec l&rsquo;obtention d&rsquo;un dipl\u00f4me agricole de niveau 4 elle conditionne l&rsquo;acc\u00e8s aux aides DJA (Dotation Jeune Agriculteur).<br \/>\nEn Vend\u00e9e la SMI est de 50 \u0153illets. La demi SMI (25 \u0153illets) est n\u00e9cessaire pour acc\u00e9der au statut d&rsquo;exploitant. En dessous de 25 \u0153illets, une cotisation dite \u201cde solidarit\u00e9\u201d ne donne aucun droit, mais permet \u00e0 beaucoup d&rsquo;install\u00e9s \u201chors DJA\u201d ou\u201dprogressifs\u201d d&rsquo;avoir un semblant de statut et d&rsquo;exister pour la Mutualit\u00e9 sociale agricole, organisme de gestion de la protection sociale agricole.<br \/>\nEn attendant d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 leur surface compl\u00e8te, tr\u00e8s variable selon les situations, ces install\u00e9s \u201cprogressifs\u201d b\u00e9n\u00e9ficient souvent alors de l&rsquo;assurance sociale de leur conjoint ou de leur concubin.<br \/>\nCertains install\u00e9s ne d\u00e9gageant pas un revenu suffisant peuvent avoir tendance \u00e0 rester volontairement en dessous du seuil des 25 \u0153illets pour \u00e9viter d&rsquo;avoir des charges sociales \u00e0 verser. Cet effet pervers du seuil d\u00e9claratif les prive de leurs droits \u00e0 retraite, il les place \u00e9galement en situation marginale et pr\u00e9caire du point de vue de la protection sociale.<br \/>\nLa question de la taille de la SMI est un d\u00e9bat tr\u00e8s important car elle entra\u00eene un effet de seuil et d\u00e9pend de crit\u00e8res de production et de r\u00e9mun\u00e9ration consid\u00e9r\u00e9s comme invariables, ce qui est faux puisque par exemple la surface des \u0153illets varie de 1 \u00e0 4 en Vend\u00e9e<br \/>\nAdministrativement, la question est donc : Quel nombre d&rsquo;\u0153illets pour quel statut paysan ? Pour quelle protection sociale ?<br \/>\nL&rsquo;exploitation d&rsquo;un trop grand nombre d&rsquo;\u0153illets par actif pour un m\u00e9tier non m\u00e9canis\u00e9 ne semble pas viable physiquement \u00e9tant donn\u00e9 la forte concentration des charges de travail pendant une courte p\u00e9riode annuelle.<br \/>\n\u00c0 l&rsquo;inverse, si une majorit\u00e9 de sauniers exploitent moins que 25 \u0153illets (la demi SMI), cette profession risque de demeurer une activit\u00e9 secondaire, tant du c\u00f4t\u00e9 du revenu que du point de vue de la professionnalisation et de la protection sociale.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nACTIVIT\u00c9 SECONDAIRE OU M\u00c9TIER PRINCIPAL :<br \/>\nTraditionnellement, depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle, peut-\u00eatre plus longtemps, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 un jugement local sur la viabilit\u00e9 \u00e9conomique du marais salant. La phrase d&rsquo;avertissement si souvent entendue par les anciens \u201con ne peut pas vivre que du sel\u201d exprime une v\u00e9rit\u00e9 propre au caract\u00e8re risqu\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9. Elle t\u00e9moigne aussi des conditions historiques de la culture du sel et de sa commercialisation depuis un si\u00e8cle, bien avant le formidable engouement des populations urbaines pour des produits de qualit\u00e9 valoris\u00e9s \u00e0 leur juste valeur.<br \/>\nL&rsquo;examen des situations professionnelles actuelles est \u00e9clairant \u00e0 ce sujet.<br \/>\nTr\u00e8s peu de sauniers, commercialisant eux m\u00eames leur sel, vivent uniquement des revenus de leur profession. Pour la grande majorit\u00e9, par choix ou par obligation, le sel est un revenu d&rsquo;appoint \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une autre profession exerc\u00e9e \u00e0 titre principal. Une part importante d&rsquo;entre eux souhaiteraient ne vivre que du sel mais doivent exercer d&rsquo;autres m\u00e9tiers pour vivre.<br \/>\n90% des sauniers sont adh\u00e9rents d&rsquo;une coop\u00e9rative.<br \/>\nCette disparit\u00e9 des situations est la premi\u00e8re cause des clivages actuels sur l&rsquo;organisation et la formation professionnelles, la commercialisation, la r\u00e9mun\u00e9ration du sel.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLA VIABILIT\u00c9 \u00c9CONOMIQUE :<br \/>\nDeux facteurs principaux d\u00e9terminent directement la viabilit\u00e9 \u00e9conomique, la taille de l&rsquo;exploitation donc le nombre d&rsquo;\u0153illets :<br \/>\n&#8211; le rendement,<br \/>\n&#8211; le niveau de r\u00e9mun\u00e9ration du sel.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLE RENDEMENT :<br \/>\nLe rendement annuel (tonnage de sel \u00e0 l&rsquo;\u0153illet) d\u00e9pend si l&rsquo;on travaille seul ou en couple, des qualit\u00e9s physiques et psychologiques des personnes, du savoir-faire, de la bonne acquisition et de la qualit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience professionnelle, des caract\u00e9ristiques morphologiques du marais, sans oublier les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nSEUL OU EN COUPLE :<br \/>\nOn a observ\u00e9 que le fait de travailler seul accentuait en moyenne le risque d&rsquo;\u00e9chec. Seul, on a plus de mal \u00e0 surmonter les difficult\u00e9s physiques et psychologiques qui \u00e9maillent le parcours d&rsquo;installation. On a plus tendance \u00e0 se refermer sur soi m\u00eame et on tire moins d&rsquo;enseignement de sa propre exp\u00e9rience quotidienne. Lorsqu&rsquo;on travaille en couple ou en \u00e9quipe, l&rsquo;aide, la compl\u00e9mentarit\u00e9, l&rsquo;\u00e9mulation, jouent \u00e0 tous les<br \/>\nniveaux, permettant d&rsquo;\u00e9changer, de confronter les points de vue sur la fa\u00e7on de travailler. On apprend beaucoup plus et plus vite.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLE SAVOIR-FAIRE :<br \/>\nOutre le profit qu&rsquo;on sait tirer ou non de sa propre exp\u00e9rience, le savoir-faire d\u00e9pend en grande partie de la qualit\u00e9 de la formation. Seulement 15% de la profession est titulaire d&rsquo;un dipl\u00f4me agricole, 10% est pass\u00e9e par la formation sp\u00e9cialis\u00e9e existant \u00e0 Gu\u00e9rande. L&rsquo;accompagnement technique, au sein de la famille ou de l&rsquo;entourage par un professionnel (une partie importante de la profession est originaire de l&rsquo;\u00eele ), peut en tenir lieu. Dans tous les cas, l&rsquo;accompagnement du d\u00e9butant pendant son apprentissage est essentiel.<br \/>\nLe savoir-faire d\u00e9pend aussi beaucoup de la capacit\u00e9 de l&rsquo;apprenti \u00e0 identifier, interroger et \u00e0 \u00e9couter, parfois \u201cd\u00e9crypter\u201d, le t\u00e9moignage de ceux qui savent, anciens sauniers, ou professionnels en activit\u00e9, \u00e0 poser les bonnes questions et \u00e0 faire le lien avec ce qu&rsquo;il peut observer. Souvent le d\u00e9butant ne sait pas \u00e0 qui demander et risque d&rsquo;accorder une confiance injustifi\u00e9e \u00e0\u00a0\u00a0 la premi\u00e8re personne qui va pr\u00e9tendre lui enseigner le m\u00e9tier.<br \/>\nCertains \u00e9checs proviennent de choix erron\u00e9s, effectu\u00e9s d\u00e8s le d\u00e9part sous l&rsquo;influence de mauvais conseils. Le choix des marais \u00e0 r\u00e9habiliter pour l&rsquo;installation est strat\u00e9gique. La taille du marais doit \u00eatre adapt\u00e9e aux capacit\u00e9s du candidat. L&rsquo;alt\u00e9ration \u00e9ventuelle de l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 des fonds suite \u00e0 des phases de dess\u00e8chement prolong\u00e9es dues \u00e0 l&rsquo;abandon, les cons\u00e9quences irr\u00e9versibles d&rsquo;anciens travaux sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;outil de travail foncier, l&rsquo;\u00e9loignement, les difficult\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s hivernal sont autant de facteurs \u00e0 examiner attentivement.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLA RELATION D&rsquo;APPRENTISSAGE :<br \/>\nChercher puis choisir le bon formateur n&rsquo;est pas une chose facile pour un d\u00e9butant. L&rsquo;une des fa\u00e7ons de proc\u00e9der est d&rsquo;interroger ceux qui ont un bon rendement, mais tous les bons sauniers ne sont pas, ou ne veulent pas \u00eatre de bons transmetteurs de ce qu&rsquo;ils savent. Une relation d&rsquo;apprentissage r\u00e9ussie exige pendant plusieurs ann\u00e9es g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, confiance, r\u00e9ciprocit\u00e9 dans les \u00e9changes.<br \/>\nLa multiplication de telles relations de transfert de comp\u00e9tences, de la mise en commun des savoirs, est sans doute \u00e0 la fois une des conditions de l&rsquo;am\u00e9lioration du rendement en sel \u00e0 Noirmoutier et le meilleur ciment social pour notre profession.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLA R\u00c9HABILITATION ET LA GESTION HYDRAULIQUE :<br \/>\nUn bon rendement d\u00e9pend aussi de la fa\u00e7on dont les marais sont r\u00e9habilit\u00e9s lors de l&rsquo;installation. Le r\u00e9tablissement des \u201cbons niveaux \u201d pour le circuit hydraulique permet la circulation d&rsquo;une \u00e9paisseur minimale d&rsquo;eau sal\u00e9e, d&rsquo;un r\u00e9chauffement, d&rsquo;une \u00e9vaporation et donc d&rsquo;une concentration maximales de l&rsquo;eau.<br \/>\nLa reconstruction des chemins de marais ou \u201cvettes\u201d avec une \u201cbonne\u201d argile permet l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 entre les bassins contigus de salinit\u00e9s diff\u00e9rentes.<br \/>\nUne bonne compr\u00e9hension des principes de gestion hydraulique, un suivi constant du marais, un d\u00e9bit minimal adapt\u00e9 exactement aux variations journali\u00e8res de l&rsquo;\u00e9vaporation, la pr\u00e9cocit\u00e9 dans la pr\u00e9paration annuelle, sont autant de qualit\u00e9s indispensables \u00e0 acqu\u00e9rir tr\u00e8s vite.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nCARACT\u00c9RISTIQUES MORPHOLOGIQUES DES MARAIS :<br \/>\nLe rendement est aussi d\u00e9pendant d&rsquo;autres facteurs li\u00e9s aux caract\u00e9ristiques morphologiques propres \u00e0 chaque \u201ctenue hydraulique\u201d, \u00e0 chaque marais :\u00a0 &#8211; une exploitation peut \u00eatre \u201cgroup\u00e9e\u201d en une seule unit\u00e9 fonci\u00e8re ou divis\u00e9e en plusieurs s\u00e9par\u00e9es parfois de plusieurs kilom\u00e8tres. Le temps de d\u00e9placement est du temps de travail en moins sur l&rsquo;exploitation, donc du sel en moins.<br \/>\n&#8211; les proportions variables entre les chauffes externes et internes (la \u201ccarburation\u201d du marais) et la\u00a0 la surface du cristallisoir (la \u201ccylindr\u00e9e\u201d du marais).<br \/>\n&#8211; la situation par rapport aux prises d&rsquo;eau de mer\u00a0 qui va d\u00e9terminer la capacit\u00e9 du marais \u00e0 se vider et \u00e0 prendre ais\u00e9ment de l&rsquo;eau sal\u00e9e.<br \/>\n&#8211; l&rsquo;orientation par rapport au vent dominant.<br \/>\n&#8211; le \u201cfond\u201d, constitu\u00e9 d&rsquo;argile plus ou moins sablonneuse qui restitue plus ou moins la chaleur solaire.<br \/>\n&#8211; la remise \u00e0 niveau, la plan\u00e9it\u00e9 et la qualit\u00e9 des \u201cfonds\u201d us\u00e9s des \u0153illets d\u00e9pendent essentiellement de la capacit\u00e9 collective de mise en \u0153uvre de travaux de \u201cchaussage\u201d (apport de terre neuve) tous les 25 ans. Ces travaux ne sont plus effectu\u00e9s \u00e0 Noirmoutier depuis trente ans. Cet \u00e9tat de fait explique en partie les rendements m\u00e9diocres sur l&rsquo;\u00eele ( 1 T \/ \u0153illet \/ an \u00e0 Noirmoutier contre 1,5 T \u00e0 Gu\u00e9rande).<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLA M\u00c9T\u00c9OROLOGIE :<br \/>\nEnfin, et c&rsquo;est l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques de la r\u00e9colte du sel breton-vend\u00e9en,\u00a0 le rendement moyen varie d&rsquo;une ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre en fonction de l&rsquo;ensoleillement et de la pluviom\u00e8trie (de 0 \u00e0 3 tonnes \/ \u0153illet \/ an).<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLA R\u00c9MUN\u00c9RATION DU SEL:<br \/>\n\u00c0 nombre d&rsquo;\u0153illets et rendement \u00e9gaux, la r\u00e9mun\u00e9ration que l&rsquo;on tire du sel varie consid\u00e9rablement selon le type de commercialisation, d&rsquo;organisation professionnelle, la volont\u00e9 ou non des producteurs de s&rsquo;organiser pour d\u00e9fendre leur revenu.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLA D\u00c9MARCHE COOP\u00c9RATIVE :<br \/>\nSi on adh\u00e8re \u00e0 une d\u00e9marche coop\u00e9rative le nombre d&rsquo;\u0153illets minimal\u00a0 d\u00e9pend aussi directement de la capacit\u00e9 de la coop\u00e9rative \u00e0 d\u00e9fendre le revenu de ses adh\u00e9rents.<br \/>\n\u00c0 Noirmoutier, la coop\u00e9rative de sel r\u00e9mun\u00e8re actuellement le gros sel 1, 58 F le kg et la fleur de sel 26 F le kg.<br \/>\nPour un rendement annuel moyen de une tonne \u00e0 l&rsquo;\u0153illet, et un ratio de 5% pour la fleur de sel, soit 50 kg par \u0153illet, avec apport total \u00e0 la coop\u00e9rative, on peut estimer un revenu net de 7 000 F\/ mois avant imp\u00f4t pour une exploitation de cinquante \u0153illets exploit\u00e9e en couple, ce qui ram\u00e8ne la part individuelle bien en dessous du SMIC. L&rsquo;exploitation correcte de 50 \u0153illets n\u00e9cessite 23 heures de travail par jour pendant la r\u00e9colte, d&rsquo;o\u00f9 la pr\u00e9sence indispensable d&rsquo;au moins deux actifs.<br \/>\n\u00c9tant donn\u00e9 le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de la vie sur l&rsquo;\u00eele, le faible rendement moyen tr\u00e8s inf\u00e9rieur ces derni\u00e8res ann\u00e9es au rendement moyen local th\u00e9orique de 1 T \/ \u0153illet, la non constitution de stocks pendant les bonnes ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, un d\u00e9veloppement commercial surdimensionn\u00e9 par rapport aux capacit\u00e9s productives, le niveau faible de r\u00e9mun\u00e9ration li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;absence de volont\u00e9 collective de d\u00e9fendre un revenu correct, on comprend pourquoi actuellement une majorit\u00e9 de producteurs ont un second\u00a0 m\u00e9tier.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nVALORISATION EN CIRCUIT COURT :<br \/>\nCertains producteurs, vendant directement tout ou partie de leur produit en circuit court (vente directe, d\u00e9p\u00f4t, demi gros) peuvent valoriser le gros sel de 3 \u00e0 70 F le kg et la fleur de sel de 40 \u00e0 250 F le kg (prix variables selon le type de conditionnement et de valorisation).<br \/>\nLe temps pass\u00e9 \u00e0 la commercialisation estivale (conditionnement, vente sur le marais ou sur le march\u00e9, visites p\u00e9dagogiques, d\u00e9placements) repr\u00e9sente pourtant une contrainte qui peut nuire \u00e0 la production. Des charges variables suppl\u00e9mentaires (mat\u00e9riels et installations divers, frais de commercialisation, &#8230;) doivent \u00e9galement \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es pour relativiser.<br \/>\n\u00c0 condition de respecter un ratio annuel de stockage suffisant, en adaptant en permanence le volume commercialis\u00e9 aux quantit\u00e9s produites, quitte \u00e0 perdre momentan\u00e9ment des march\u00e9s, un producteur valorisant lui m\u00eame sa production peut donc th\u00e9oriquement vivre du sel uniquement, avec relativement moins d&rsquo;\u0153illets. On peut estimer qu&rsquo;une trentaine d&rsquo;\u0153illets par actif est un chiffre r\u00e9aliste de viabilit\u00e9 dans ce cas, en fonction de l&rsquo;organisation du travail, de l&rsquo;efficacit\u00e9 technique et \u00e9conomique.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nPRODUCTEURS N\u00c9GOCIANTS :<br \/>\nFace \u00e0 une demande croissante pour le produit, certains producteurs, du fait d&rsquo;un manque conjoncturel ou structurel de production, au lieu de r\u00e9guler leur vente ou d&rsquo;augmenter leur rendement, optent pour un double statut plus ou moins d\u00e9clar\u00e9 de \u201cproducteurs-n\u00e9gociants\u201d. Gr\u00e2ce \u00e0 une interpr\u00e9tation lib\u00e9rale du statut de producteur et de la vente directe, et\u00a0 un certain laxisme des pouvoirs publics, le sel achet\u00e9 est revendu sous le nom du producteur, trompant le consommateur sur l&rsquo;origine incertaine du produit.<br \/>\nCette pratique est de nature \u00e0 d\u00e9connecter la viabilit\u00e9 \u00e9conomique et le nombre d&rsquo;\u0153illets. En effet, ces producteurs, devenus de fait des doubles actifs sans toujours le dire, pourront \u201cvivre du sel\u201d avec tr\u00e8s peu d&rsquo;\u0153illets.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nR\u00d4LE DES \u00c9LUS :<br \/>\nJusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, les aides au marais salant ont \u00e9t\u00e9 un outil de valorisation fonci\u00e8re, une aide indirecte aux propri\u00e9taires, plut\u00f4t qu&rsquo;une aide v\u00e9ritable aux actifs.<br \/>\nFaute d&rsquo;avoir tent\u00e9 de d\u00e9finir des orientations pr\u00e9cises engageant responsables professionnels et \u00e9lus sur la base d&rsquo;un contrat de d\u00e9veloppement pr\u00e9cis, les aides \u00e0 la profession ont fonctionn\u00e9 comme un instrument de pouvoir et de communication entrepreneurial et politique.<br \/>\nOp\u00e9rations group\u00e9es d&rsquo;am\u00e9nagement foncier, aides europ\u00e9ennes, du district, du conseil g\u00e9n\u00e9ral, travaux d&rsquo;entretien et de curage du r\u00e9seau hydraulique, ont bien s\u00fbr jou\u00e9 un r\u00f4le positif sur le renouveau de l&rsquo;activit\u00e9 et il faut s&rsquo;en f\u00e9liciter;<br \/>\nMais derri\u00e8re l&rsquo;image dynamique et sympathique du marais salant, la r\u00e9alit\u00e9 est plus cruelle.<br \/>\nLe d\u00e9bat sur le nombre d&rsquo;\u0153illets renvoie aux difficult\u00e9s d&rsquo;une profession \u00e0 s&rsquo;\u00e9manciper de la \u201ccarte postale\u201d, \u00e0 s&rsquo;organiser pour acqu\u00e9rir et d\u00e9fendre un savoir-faire, \u00e0 construire une valorisation commerciale<br \/>\n\u00a0<br \/>\nLA R\u00c9COMPENSE<br \/>\nrespectueuse des int\u00e9r\u00eats des producteurs, des consommateurs, pour prouver qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e0 Noirmoutier, malgr\u00e9 la fragilit\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9, on peut vivre uniquement du sel.<br \/>\nSi des aides des collectivit\u00e9s doivent \u00eatre reconduites vers la profession, elles ne pourront certainement plus faire l&rsquo;impasse comme auparavant sur son fonctionnement interne. Elles auront avantage \u00e0 s&rsquo;appuyer sur les r\u00e9alit\u00e9s actuelles de la profession en les distinguant des r\u00e9alit\u00e9s anciennes (les conditions sociales et \u00e9conomiques, les techniques de production ont chang\u00e9). Dans cette perspective, notons le souci actuel de la part du nouveau Pr\u00e9sident de District et de son \u00e9quipe de veiller \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de crit\u00e8res coh\u00e9rents et \u00e9quitables pour une juste utilisation des aides publiques.<br \/>\nLa plupart des aides au marais salant vont transiter dor\u00e9navant par les Contrats Territoriaux d&rsquo;Exploitation (CTE). Ces CTE organis\u00e9s en deux volets, socio- \u00e9conomique et environnemental, regroupent les actions \u00e0 conduire sous la forme d&rsquo;aides contractualis\u00e9es en fonction d&rsquo;objectifs bien pr\u00e9cis.<br \/>\nLes principales structures professionnelles repr\u00e9sentatives au niveau d\u00e9partemental se sont associ\u00e9es pour construire un projet collectif de CTE sp\u00e9cifique au marais salant. Au sein du futur comit\u00e9 de pilotage, structures intercommunales et associations ont toute leur place aupr\u00e8s des professionnels porteurs de projet pour accompagner, encadrer, aider, le d\u00e9veloppement coh\u00e9rent d&rsquo;une activit\u00e9 directement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entretien de 1200 ha d&rsquo;un territoire patrimonial, cultural, d&rsquo;un milieu naturel reconnu par tous comme essentiel pour notre \u00eele.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article du Bulletin N\u00b0 30 \u201cCombien faut-il d&rsquo;\u0153illets pour vivre ? Peut-on vivre uniquement du sel ?\u201d R\u00e9cemment, le Conseil de district \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 d\u00e9lib\u00e9rer sur le probl\u00e8me de \u201cl&rsquo;aide \u00e0 l&rsquo;\u0153illet\u201d. 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