L’îlot du Pilier

Article du Bulletin N° 29 

L’ASPECT PHYSIQUE :

Situé à 4 km à l’Ouest de la pointe de l’Herbaudière, l’îlot du Pilier s’étire selon un axe Nord-Ouest – Sud-Est sur une longueur de 700 m  et sur une largeur de 20 à 50 m selon les endroits.

Une surface tabulaire assez régulière s’étend sur tout l’îlot et surplombe la mer d’une hauteur de 7 à 8 m. La côte est très découpée, les saillants rocheux sont nettement marqués et alternent avec des criques étroites.

 L’îlot du Pilier est relié à Noirmoutier par des hauts-fonds de granit et de gneiss.

Quelques petites plages de sable fin s’adossent au pied des falaises basses sur la côte Nord-Est.

Au Nord, à faible distance de l’îlot, un plateau rocheux de faible étendue, Les Chevaux, découvre à marée basse. On peut, en veillant à ne pas s’y laisser prendre par la marée, s’y baigner et y pêcher.

La présence humaine se traduit par l’existence d’éoliennes, de deux  tours de phare qui se dressent côte à côte (un des phares est en activité, l’autre désaffecté), d’une maison située au centre, entourée d’un fossé, et d’enclos. 

Par ailleurs une cale, située sur la face Est de l’île, permet l’accostage de petits bateaux.

La faune : le lapin de garenne semble abondant : les espèces végétales qui subsistent sont celles refusées ou peu consommées par ces rongeurs.

Le goéland argenté est le roi de l’île. En débarquant on chemine entre les nids et les poussins, à la grande fureur des adultes. Les deux tiers sud de l’île sont utilisés comme un vaste reposoir pour ces oiseaux  nicheurs.

Quelques cormorans restent à l’écart et on distingue de temps en temps les discrets pipits maritimes.

Les déchets organiques de ces populations d’oiseaux combinés à l’effet des rongeurs ont contribué à créer une pelouse assez pauvre qui recouvre le plateau.

L’HISTOIRE :

L’origine du nom de cette petite île remonterait à l’époque celte ; l’île des neufs vierges gauloises Insula puellarum  qui serait serait devenu, après plusieurs évolutions, îlot du Pilier.

En 1172, quelques moines cisterciens venus de l’abbaye de Buzay, fondèrent un monastère, appelé Insula dei (l’Île Dieu), sur l’îlot  rocheux et désert du Pilier.

Le nouvel établissement, qui bénéficiait de la protection des seigneurs de La Garnache, ne demeura sur l’îlot qu’une trentaine d’années. La communauté, transférée vers 1205  dans un grand bois sur la côte est de l’île de Noirmoutier, y prit essor sous le nom d’abbaye de Notre-Dame de La Blanche. Le site a conservé son nom jusqu’à ce jour.

En 1692, les nations en guerre contre la France, mais aussi les corsaires “biscayens” et Anglo-normands, menaçaient les navires nantais et malouins, armés pour le commerce avec les Antilles. À la demande des commerçants de Nantes, on décida de construire sur l’îlot du Pilier une batterie avec tour-réduit. Les travaux commencèrent en 1693, furent interrompus, reprirent et furent achevés en 1715. On avait réalisé un rempart d’artillerie circulaire de quinze embrasures, protégé par un fossé aux escarpes et contre escarpes revêtues de pierres (encore visible) mais, au lieu de la tour prévue initialement, on édifia un bâtiment annulaire en rez-de-chaussée comprenant magasins, logement et citerne. Ce bâtiment a été détruit en 1887 pourconstruire un poste électro-sémaphorique.

En 1889 le vieux fort du Pilier transformé en sémaphore par la Marine fut déclassé. Il fut désaffecté en 1921.

LES PHARES :

Au début du XIXème siècle la navigation marine commençait à nécessiter une signalisation lumineuse dont l’efficacité dépendait de la portée et de l’intensité des feux. Le remplacement de l’éclairage parabolique par le système lenticulaire de Fresnel incita à construire de nombreux phares d’un nouveau type.

En 1827-1828 fut édifié sur l’îlot un phare pour le balisage de l’entrée de La Loire. Cette tour tronconique haute de trente mètres, entièrement bâtie en pierre, contenait un escalier de granit en vis qui conduisait à la chambre de veille, puis à la lanterne métallique qui protégeait le mécanisme d’éclairage à lentilles de Fresnel. Le logement des gardiens, bâtisse carrée, enveloppait la base de la tour.

Dans la seconde moitié du XIX ème siècle, l’amélioration des systèmes d’éclairage (lampes à l’huile minérale, à la vapeur de pétrole puis électrique) et d’identification (feux rotatifs, feux à éclats, filtres colorés) entraîna d’importantes transformations architecturales.

Au Pilier, plutôt que de transformer la tour ronde et son feu fixe, l’ingénieur Dingler préféra élever à proximité, en 1876-1877, une tour carrée équipée d’un feu rotatif qu’actionnait un mécanisme à contrepoids. La tour construite en moellons équarris avec des encadrements de baie et, au sommet, un garde corps en briques, fut équipée d’un escalier en vis en fonte. En 1903, on fixa, sur une de ses faces, un feu auxiliaire métallique à coloration rouge destiné à signaler le plateau des Bœufs.

Pour compléter la signalisation lumineuse en temps de brume, le grand phare fut équipé en 1908 d’une sirène à air comprimé.

 AUJOURD’HUI :

En 1994, le Ministère de la Défense a décidé de se débarrasser des 3 ha 84 a et 24 ca qu’il possédait au Sud de l’îlot avec le sémaphore et son fortin de pierre. L’opportunité s’est ainsi présentée au Conservatoire du littoral de l’acheter pour la somme modique de 210 000 F. L’autre partie reste propriété du ministère de l’Équipement.

Le fortin était laissé à l’abandon et ouvert à tous vents. Le Conservatoire a tout de suite financé la mise hors d’eau et hors d’air de l’ouvrage

En 2000 le Conservatoire du littoral a financé une étude concernant l’usage et la faisabilité d’une utilisation du sémaphore (bien abîmé par la tempête mais surtout par le vandalisme). Un concept de valorisation touristique a été défini.

Il s’agirait d’accueillir, pour de courtes périodes et à la demande, des groupes restreints avec hébergement simplifié en utilisant les ressources naturelles de l’île (éolienne, solaire). Cette étude a été validée par les collectivités locales. Le conservatoire financerait les équipements.

La commune de Noirmoutier qui serait maître d’ouvrage commence à s’engager avec beaucoup de prudence. Une délibération a été prise dans ce sens à la fin de l’année 2000.

Nous encourageons vivement les collectivités locales à progresser dans cette action : une récente visite à l’îlot a montré les ravages du vandalisme dans l’ancien sémaphore : tuiles arrachées, escalier en bois détruit, fenêtres brisées, etc. Il faudrait tout au moins, en attendant, empêcher un accès trop facile au bâtiment, peut être en enlevant la passerelle.
 

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