Le temps du « coloi »

IMG_8582

Fin août, début septembre des pluies abondantes ont mis fin à la récolte de sel et de fleur de sel. Pour les sauniers inscrits à la coopérative de sel de Noirmoutier, c’est le temps du coloi  (le moment où l’on doit rentrer le sel pour le mettre à l’abri et l’amener après pesage à la coopérative).

Durant 3 jours, si les conditions météo le permettent, on assiste au va et vient incessant de tracteurs qui transportent le sel jusqu’à la coopérative.

IMG_8564a

Autrefois le sel était mis en sac puis chargé sur des charrettes tirées par des ânes ou des chevaux. Le coloi s’étalait alors sur une période d’un mois ou plus. Actuellement, une collaboration entre agriculteurs et sauniers facilite ce transport par le prêt de tracteurs et remorques… modernité oblige.

IMG_8573a

Mais à la fin de la semaine les sauniers se retrouveront quand même pour perpétuer la fête liée à cet événement.

Bon repos aux sauniers et au printemps prochain !!!

Pétition contre le golf dans les marais salants

Nous vous en avons déjà parlé cet hiver, un permis de construire a été accordé en novembre 2013 par la mairie de l’Epine, en faveur d’un projet de golf au coeur des marais salants ( lieu-dit le Pré aux Oies, près de la « mini-ville », route de Noirmoutier à l’Epine) .
Un collectif de professionnels appelé « eau et marais pour notre île » s’est constitué contre ce projet, a déposé un recours gracieux en mairie et à la préfecture, qui n’a pas abouti, et vient, en conséquence, d’entamer une procédure auprès du Tribunal administratif de Nantes, demandant l’annulation du permis accordé.
Vous pouvez consulter notre article de février 2014 accompagnant un communiqué de presse soutenant les démarches des professionnels contre ce projet destructeur, dans la rubrique du blog intitulée « vie des marais ».
Actuellement circule sur l’île une pétition de soutien au collectif  que nous vous engageons vivement à signer.
Pétition

Golf de l’Epine, communiqué de presse.

23 ans après, un nouveau projet de golf 6 trous en plein cœur des marais salants sur un terrain situé au « Pré aux Oies » à L’Épine, fait polémique !!!!
Lire notre communiqué presse à ce sujet (fichier au format PDF).

En complément de ce communiqué de presse, nous rappelons notre inquiétude face aux risques de pollutions des étiers, sujet déjà abordé lors des assises des marais.

Quel est l’impact du ruissellement des eaux pluviales des  bassins versants amont agricoles et des zones urbanisées, industrielles et artisanales vers ces étiers? Le schéma directeur des eaux pluviales, en cours d’élaboration sous maîtrise d’ouvrage de la communauté des communes de l’île de Noirmoutier devrait nous apporter une réponse.

 

Histoire de marais salants

L’envers du décor : deux marais salants ; deux communes ; deux conceptions opposées de l’environnement…

Le tourisme est actuellement l’activité principale de l’île et on ne peut nier l’importance des marais salants dans l’image présentée et appréciée jusqu’alors par les visiteurs.

Et cependant, nous sommes de nouveau confrontés, dans deux communes voisines, à une conception totalement opposée de l’image qu’elles souhaitent donner de l’île en général, et de leur commune en particulier.

Pour l’une de ces communes,* on ne peut que s’inquiéter de  sa conception malveillante de la notion de respect du patrimoine ; pour l’autre, on ne peut que la féliciter pour une tentative de réhabilitation d’un marais salant.

Pour la première, nous observons, consternés, la mise à mort d’un marais salant (marais de la Prée au Jonc) que la municipalité précédente avait voué à une réhabilitation de qualité.  Aujourd’hui, ce marais asséché par un bûsage impitoyable, sous le prétexte fallacieux qu’il provoquait des arrivées intempestives d’eau de mer et aurait mis à risque une partie de la commune, offre désormais aux vacanciers la triste image d’une destruction maladroite souhaitée par une municipalité obtuse.

Pré aux joncs

Malgré la destruction en cours, le marais résiste et nous offre encore des couleurs à contempler et à entrevoir les traces géométriques de sa conception.
On peut remarquer la « salorge » à gauche, rare survivante d’un lieu de stockage du sel.
Cette construction ancienne typique est-elle condamnée ?

Pour l’autre,** nous assistons avec plaisir à la réhabilitation d’un marais salant près du rond-point de l’Europe, sous la férule d’un maitre saunier d’une extrême compétence.

RP de l’Europe 1

RP de l’Europe 2

Quel est votre choix ?
Quelles images nous réjouissent le plus ?
Quels paysages souhaite-t-on voir perdurer à Noirmoutier ?
D’autres marais sont actuellement en cours de destruction un peu partout dans l’île, illégalement dans la plupart des cas, par assèchement ou par comblement.

Les priorités et la courte vue de certains de nos élus sont tout simplement navrantes.

————————————–

* en l’occurrence, l’Épine.
** en l’occurrence, La Guérinière.

La fleur de mai

marais4.JPG

Les conditions climatiques et la sécheresse de ce printemps ont permis de récolter la fleur de sel et le sel depuis le 15 mai pour les premiers sauniers. C’est exceptionnel car habituellement la récolte débute au mieux à la mi-juin et le plus souvent ce n’est pas avant le mois de juillet !

marais2.JPG

Pratiquement pas de pluie pendant trois mois, un vent soutenu et des jours qui allongent sont les conditions idéales pour voir se former la fleur de sel à la surface des œillets, précédant de quelques jours la récolte du sel sur le fond.

marais1.JPG

Une très bonne année en perspective ?
Rien n’est moins sûr !
Ce n’est qu’en regardant le tesselier (lieu où le sel est entreposé au bord de la saline) en septembre que l’on pourra se prononcer définitivement.

Le saunier est prudent et se méfie toujours des caprices de la météo d’autant plus que depuis quelques jours le régime de perturbations pluvieuses a stoppé momentanément l’activité.

marais3.JPG

Un nouveau marais à la Guérinière

Alors qu’un projet viable de réhabilitation existait, on peut assister aujourd’hui à l’Épine au spectacle navrant d’un marais ancien maltraité, asséché, piétiné par des chevaux. Avec le marais du Pré aux Joncs, un élément du patrimoine local disparaît, victime d’une gestion calamiteuse de la part d’une municipalité seulement anxieuse d’ouvrir des nouvelles zones à l’urbanisation.

Ci-dessous, le marais du pré aux Joncs à l’Epine :

marais1.jpg

Cependant, au rond point de l’Europe à la Guérinière,  on peut assister à la réhabilitation d’un petit marais qui avait échappé de peu à la destruction il y a quelques années. (Nous étions intervenus pour stopper un début de comblement).
Nous félicitons le « saunier » et le « maître saunier » responsables de la mise en œuvre de ce nouveau marais salant.

Un Grand Bravo !

marais2.jpg

Le nouveau marais du Rond Point de l’Europe

cv26v2011.jpg

Pour lire l’article du Courrier Vendéen du 26 mai 2011 sur la création de ce marais salant, cliquez sur la miniature.

Il n’y a pas de choix, c’est une évidence.
D’un côté, nous assistons à la mort programmée d’une unité pourtant capable de production, de l’autre, à la résurrection heureuse d’un marais longtemps resté en jachère.

Une certitude : cette réalisation exemplaire fera jurisprudence !

Une plante envahissante

Les pages 5 à 8 du journal de la Communauté de communes du mois de septembre 2009 consistent en une plaquette d’information sur la lutte contre le Baccharis halimifolia, ou séneçon en arbre.

Vivre l’île 12 sur 12 s’inquiète depuis longtemps de cette « peste végétale ». En été 2002, nous avons distribué aux iliens et aux vacanciers une brochure donnant des informations sur cette plante; en décembre de la même année, nous avons demandé que des plans anti-baccharis soient adoptés par les communes de l’île; la lutte contre la prolifération du baccharis était le thème de notre stand au Forum des associations en 2004. Nous avons consacré plusieurs articles du blog à ce problème, en particulier celui-ci, en juin 2008.

Baccharis halimifoliabaccharis2.jpgbaccharis3.jpgbaccharis4.jpgbaccharis6.jpgbaccharis5.jpgbaccharis7.jpg

Comme le montrent les photos ci-dessus (cliquez dessus pour les agrandir), septembre et octobre sont les mois de floraison du baccharis. Discret tout le reste de l’année il devient particulièrement visible, et le climat exceptionnellement doux de cette année prolonge encore cette floraison.

Grâce à ses petites fleurs blanches il est facilement repérable et on constate que d’année en année il gagne du terrain dans beaucoup d’endroits. De plus en plus d’arbres isolés se révèlent ici et là et vont immanquablement donner autour d’eux un très grand nombre de plants qui peu à peu vont continuer à envahir le milieu. La situation n’est pas nouvelle mais elle empire. Il est indispensable de prévoir un plan sérieux, à long terme, pour l’éradication de cette plante envahissante.

Heureusement que la Communauté de communes semble se mobiliser, car si l’on tarde encore il faudra bientôt parler davantage de l’ile au baccharis que de l’île au mimosa.

Salange 2009 : on fait le bilan

récolte de fleur août 2009

Après deux années de récolte médiocre ou nulle, l’année 2009 est bonne, aussi bien pour la fleur de sel que pour le gros sel.

La récolte a commencé en juin. Malgré quelques pluies en juillet, le travail continue presque ininterrompu depuis ce moment. Les sauniers sont fatigués, mais contents du résultat, qui leur permettra de commencer à reconstituer les stocks amenuisés lors des mauvaises saisons précédentes.

marais fin août 2009

Salange 2009 : c’est parti !

Depuis quelques semaines, les 120 sauniers de l’île travaillent d’arrache-pied : la préparation et le nettoyage des marais a  commencé en février; en cette troisième semaine de juin,  le nettoyage des oeillets – le tout dernier travail avant que commence la récolte – est terminé presque partout. Certains ont déjà fait leur première récolte de gros sel et de fleur de sel : la fleur cette année est très, très belle! Espérons que 2009 sera meilleure que les deux années précédentes, avec leurs récoltes médiocres ou nulles (voir notre billet sur le salange 2008).

Fin de nettoyage

première récolte

Ficopomatus enigmaticus

ficopomatus3.jpg
Connu depuis longtemps sur nos côtes sous le nom de Mercierella enigmatica, de son nom commun le cascail, le Ficopomatus enigmaticus est un ver grégaire, originaire de l’hémisphère sud. Apparu dans le nord de la France en 1921, ce ver colonise, de manière plus ou moins permanente, les canaux saumâtres du Nord de la France, du Poitou-Charente et les bassins à flot de certains ports de plaisance.

Le Ficopomatus enigmaticus fabrique un tube calcaire qui lui sert de protection, les tubes se soudant entre eux pour former des récifs qui peuvent atteindre quelques décimètres d’épaisseur. Aussi, dans les bassins à flot, les canaux et lagunes où il se développe, il peut provoquer des désordres divers : canalisations obstruées, structures portuaires ou coques de bateaux colonisées Les concrétions calcaire des colonies de ce ver tubicole  ont posé de sérieux problèmes dans le Polder de Sébastopol, où d’importantes colonies sont observées depuis 2002.

Leur extension pourrait menacer toutes les zones humides saumâtres et salées de l’île.

ficopomatus2.jpg

Pour en savoir plus, vous pouvez lire  l’article aux pages 12 et 13 de notre Bulletin d’infos No 51 (printemps 2008), que l’on peut télécharger en version pdf en cliquant ici.

Chantier collectif dans les marais

Voici quelques photos d’un chantier de travail collectif qu’un groupe de sauniers organise chaque hiver dans l’île de Noirmoutier.

Le but est d’avoir pour la prochaine saison de récolte une surface d’oeillet toute neuve, plane avec un léger bombé au milieu. (L’oeillet, c’est le bassin où cristallise le sel.)

Il y a en tout trois ou quatre étapes différentes de travail pour obtenir le résultat souhaité, c’est ce qu’on appel le chaussage.

chantier1.jpg

chantier2.jpg

chantier3.jpg
Les photos montrent le travail de l’automne et de l’hiver : pour refaire les fonds des oeillets, l’équipe apporte de la nouvelle argile et la bêche.

Salange 2008

marais salant automne

Grosse déception pour les sauniers de Noirmoutier comme pour tous les travailleurs du sel de la côte atlantique française, le salange 2008 a été sauf exceptions, presque nul. La presse locale et régionale a développé ces derniers jours les conséquences économiques et sociales de cette mauvaise année (l’année 2007 ayant déjà été médiocre). La Coopérative de sel de Noirmoutier nourrit de grosses inquiétudes sur l’avenir d’un grand nombre de ses producteurs. A Noirmoutier 100 des 120 actifs sont regroupés au sein d’une structure coopérative en contrat avec le groupe EURIAL POITOURAINE, par l’intermédiaire de sa filiale, la SARL AQUASEL. La coopérative ayant vendu la totalité de son stock à son client contractuel unique en 2007, les producteurs n’ont qu’un très faible apport pour 2008. La coopérative de sel de Noirmoutier a engagé des démarches auprès des élus locaux, départementaux et régionaux, ainsi qu’auprès des organismes et services de l’Etat concernés pour étudier les possibilités d’aides. Il est en effet difficile de contester la légitimité d’un soutien public à cette filière si l’on considère le service économique d’intérêt général qu’elle rend à la collectivité. L’économie touristique locale profite directement du travail d’entretien paysager et patrimonial qu’accomplit  la profession salicole . A travers ce dossier, ce sont aussi d’autres questions qui peuvent se poser; entre autres celles de la professionnalisation des actifs, de la productivité, de la gestion des stocks, de l’autonomie décisionnelle des coopératives, et de la rémunération des producteurs.

Lire aussi l’article de Ouest France du 1er octobre 2008.

Le salange – suite

Mauvaise nouvelle pour le « salange » 2008: ce vendredi 25 juillet a débuté une phase de mauvais temps (9mm de pluie) qui interrompt momentanément la récolte. A noter que tous les marais n’étaient pas encore pleinement lançés. On annonce malheureusement encore des pluies lundi prochain. Le moral des sauniers est mis à rude épreuve lors de ces coupures.

L’avantage naturel que présente le sel est de se conserver facilement sans gros investissement. Cela équilibre l’inconvénient de l’aléa météorologique très fort qui pèse sur ce métier.

Pour tous ceux qui commencent le métier, la pression est plus forte car il faut impérativement se constituer une trésorerie et des stocks qui permettront plus tard de passer les mauvaises années.

Le salange

Les visiteurs qui découvrent l’Ile demandent souvent: “Quand récolte-t-on le sel ?”
La récolte peut exceptionnellement commencer en avril-mai, mais en général elle débute en juin-juillet pour se terminer en août-septembre. Elle peut exceptionnellement se prolonger en octobre, voire même très rarement jusqu’à la Toussaint !

Après un beau mois de juin qui a permis le limage des oeillets (le nettoyage de la vase salée des bassins de cristallisation) quelques pluies début juillet avaient perturbé le démarrage de la saison du sel cette année.
Mais depuis la mi-juillet  le salange (la saison de récolte du sel) bat son plein; nous avons eu une première phase de vents Ouest Nord-Ouest un peu frais mais très bénéfiques pour la croissance du gros sel et la floraison du viel (fleur de sel).

Depuis peu les vents remontent à l’Est Nord-Est, c’est la Galerne (vent de terre sec et chaud), à la fois espérée et redoutée: de fructueuses mais rudes journées de travail en perspective pour les cent vingt sauniers de l’Ile, pour qui ces beaux jours représentent la récompense d’un long et minutieux travail de préparation des marais commencé dès le mois de février.recolte-de-sel1.jpg

recolte-de-sel2.jpg

recolte-de-sel3.jpg

Artemisia Maritima

Certains marais salants de l’île sont des sites exceptionnels où prolifère une plante rare et protégée, l’absinthe ou armoise maritime: Artemisia Maritima. Cette plante médicinale était bien connue des Noirmoutrins comme vermifuge, les sauniers en mâchonnaient la tige amère ou s’en frottaient la peau contre les moustiques. Située à la limite des plus hautes marées, elle peut se développer plus haut sur les berges au pied des tas de sel, sur les berges où l’on jette les algues salées retirées des réserves d’eau ou aux endroits où la vase salée est étalée lors des travaux de nettoyage.

artemisia1.JPG

artemisia2.JPG

artemisia3.JPG

artemisia41.JPG

Alerte au Baccharis Halimifolia

baccharis1.JPGbaccharis2.JPGbaccharis3.JPG

Pendant que certains propriétaires délaissent leur devoir d’entretien, pendant que les élus informés du problème (notamment par notre association) s’en désintéressent, le BACCHARIS HALIMIFOLIA progresse à pas de géant dans les zones de marais (ici près du Port de Morin) et est en train de fermer le paysage… et peut-être aussi de préparer les mentalités à l’urbanisation de zones aujourd’hui non constructibles.

Le travail démarre dans les marais salants

Une pluviométrie importante et un temps instable ont ralenti les travaux de préparation des marais salants pendant le mois d’avril. Si le temps est meilleur au mois de mai et juin les sauniers peuvent espérer finir le nettoyage de leurs marais et produire leur premier sel en juin. Mais n’anticipons pas sur le temps de la saison; comme disent les sauniers: « on verra à la Saint Michel » (fin septembre, le jour du paiement des loyers).

Ci-dessous, quelques photos prises hier.

marais4.JPG
marais3.JPG
marais2.JPG
marais1.JPG

Les marais salants attendront…

Dans la soirée de dimanche 16 mars, alors qu’un pétrolier se ravitaillait à la raffinerie de Donges, une canalisation s’est rompue et quelques 400 tonnes de fuel ont été déversées dans la Loire.

De ce fait, la prise d’eau de mer pour remplir les réserves des marais salants de l’île de Noirmoutier, qui devait avoir lieu durant les grandes marées actuelles, est repoussée à plus tard. Principe de précaution oblige…

Pour plus de détails sur cette marée noire, voir la rubrique « Marées noires et pollutions » sous le titre « Articles les plus récents » sur la page d’accueil de la Coordination marée noire (dérouler vers le bas).

Les marais salants: un paysage

Article du Bulletin N° 37

De l’aménagement à la conservation

marais-salants-un-paysage-2.jpg
Des visions différentes du paysage
Le paysage des marais salants est considéré par la plupart des observateurs de notre Île comme une richesse exceptionnelle. Une grande partie de ce territoire, encore en friche, nécessite d’être conservée en eau salée dans l’attente du redéveloppement progressif de l’activité saunière.
Ce paysage a subi les conséquences des grandes évolutions du foncier de l’île depuis cinquante ans, du remembrement agricole aux grandes emprises foncières privées et publiques en passant par les grands travaux d’aménagement des zones aquacoles et ostréicoles. Parallèlement, l’évolution sociologique a favorisé une perte de mémoire et l’apparition de nouveaux usages, souvent incompatibles ou sources de conflits, hydrauliques, de voisinage, ou d’intérêts, sur la destination prioritaire des zones ou des parcelles . De cette diversité d’approches naît facilement une controverse s’exprimant logiquement sur le plan politique.

Un paysage naturel ?
Les “Marais” de Noirmoutier sont une désignation générique bien commode pour tous ceux qui ignorent ou oublient la fonction “salante” originelle de la plus grande part de ces espaces.
La forte évolution sociologique insulaire a favorisé la multiplication de résidents connaissant mal l’histoire de l’île, parfois militants pour une qualité environnementale au sens large, venus de villes où l’on rêve de terres vierges.
Constituant les 3/4 des zones humides de l’île, les marais salants sont encore souvent considérés du seul point de vue écologique. La gestion peut alors être prioritairement consacrée à la sauvegarde de certaines espèces pouvant coloniser les écosystèmes que constituent les marais en friche.
L’oiseau peut quelquefois apparaître comme le personnage principal. L’effet des subventions peut influer sur les objectifs de conservation. Certains acteurs peuvent vouloir créer ou favoriser des milieux artificiels pour la nidification ou le repos d’ espèces considérées comme critères de biodiversité.
Cette vision naturaliste aboutit à considérer l’activité saunière comme un arrière-plan décoratif où la silhouette du saunier sert de faire valoir à l’animal mis en vedette.
Cette attitude témoigne de l’émergence d’une nouvelle vision non agricole du monde rural, parfois du fait de professionnels de l’ environnement. L’existence de l’activité saunière est alors “tolérée” dans son propre territoire.

Un paysage cultural au fort potentiel socio-économique
Pour tous les connaisseurs de l’histoire de l’ île, les marais sont sous-entendus salants. Ils sont une oeuvre historique entièrement humaine. Le paysage de référence est un vaste jardin où chaque parcelle de terre était pâturée ou cultivée. Chaque parcelle d’eau, était l’élément actif d’une “manufacture à ciel ouvert” destinée, depuis le haut moyen-âge à produire du sel par dizaines de milliers de tonnes.
Pour tous ceux qui se souviennent de ce temps où tous les marais étaient cultivés, la première valeur de ces espaces est historique et patrimoniale, mais aussi socio-économique .
Le poids socio-économique de la profession saunière à Noirmoutier va croissant à mesure de l’impact visuel considérable des restaurations de marais salants sur l’image de l’île. D’été en été, des dizaines de milliers de personnes constatent qu’il se passe quelque chose dans le paysage des marais. Chaque étendue d’eau prend soudain un sens. A travers cette prise de conscience se renforce l’image d’un site de qualité et l’identité collective de l’île. Beaucoup d’insulaires y retrouvent leur mémoire. Après une longue période de déclin et d’abandon vécue par tous avec tristesse , le marais salant retrouve une place centrale dans l’économie insulaire.
marais-salants-un-paysage-1.jpg

Complémentarité des visions
Les différentes visions ne sont pas forcément antagonistes. Il est bien attesté que l’habitat que constitue le marais salant en activité est un facteur de biodiversité. Comme le souligne Alain Gentric, administrateur de la Ligue pour la Protection des Oiseaux en Loire Atlantique dans un entretien pour la Revue Terre Sauvage (N°179) “on s’est rendu compte que dans une zone de marais salants entretenue, le nombre d’espèces remarquables est incroyablement plus important, alors que quand un marais est abandonné, les oiseaux disparaissent.”
En tant que faciès caractéristique du paysage de l’île, le marais salant constitue donc un milieu exceptionnel à plusieurs niveaux, comme paysage historique, source de richesse économique et humaine, et comme biotope remarquable.
1981-2003. De l’ ”Aménagement” à la Conservation
A la création du “Syndicat Mixte d’Aménagement des Marais” (SMAM) en 1981, s’affirmait la volonté d’un développement économique “moderne” et d’une politique de grands travaux équivalant au remembrement de la plaine agricole vingt ans plus tôt. La première vocation de cette structure était de trouver d’énormes financements, ce qu’elle a fait très efficacement.
A cette époque l’aquaculture et l’ostréiculture étaient présentées comme “la solution miracle”, le seul véritable avenir des “marais” qui ont perdu dès lors leur adjectif “salant”. Depuis plusieurs dizaines d’années déjà, tous les élus s’étaient peu à peu convaincus de l’inéluctable et irréversible disparition de cette activité que seuls quelques héroïques anciens perpétuaient, conscients d’être les derniers des derniers. Personne ne croyait vraiment au renouveau d’une profession que quelques jeunes saunières ou sauniers prétendaient alors faire revivre.
Aujourd’hui le contexte socio-économique de l’île a changé.
L’impact économique induit du marais salant et le nombre d’emplois agroenvironnementaux créé, la valeur paysagère et patrimoniale de l’activité, imposent des cahiers des charges d’entretien et de gestion spécifiques aux circuits hydrauliques indispensables à la production de sel.

Questions sur le SMAM
La politique de “remise en eau salée” des zones de “marais” que le SMAM a réalisé depuis sa création en 1981, n’a pas été motivée d’abord par l’activité salicole mais par une volonté de transformations radicales des circuits hydrauliques pour développer de nouvelles activités nécessitant des volumes d’eau fraîche importants.
La plupart des meilleurs marais salants de l’île ont à cette époque été surcreusés, transformés de façon irréversible sans que le développement annoncé tienne toujours ses promesses.
A l’actif du SMAM, les travaux de remise en eau salée ont permis d’éviter l’assèchement de nombreux marais salants aujourd’hui en activité.
Beaucoup de ces travaux ont plus ou moins directement aidé les installations de nouveaux sauniers ou ont pu profiter au redéveloppement de l’activité. Mais après plusieurs années d’exploitation, beaucoup de sauniers se sont rendu compte de certains effets négatifs à long terme des travaux du SMAM. De très nombreuses destructions, du point de vue strictement salicole, ont été commises pendant plus de 20 ans en l’absence de cahiers des charges respectant les contraintes spécifiques de l’entretien et de la gestion hydraulique des zones de marais salants. Pour exemple la destruction quasi systématique des basses berges servant d’appui aux chaussées des étiers, les surcreusements de marais salants ou de zones hydrauliques aujourd’hui impossibles à vider de façon gravitaire ( provoquant un type d’envasement biodéfavorable, un rendement moindre, et un surcoût important aux exploitations) et la destruction de centaines de petits ouvrages hydrauliques en pierres ou en bois dont beaucoup étaient en bon état.

Urgences de conservation, l’assèchement.
Par défaut d’entretien hydraulique volontaire ou par négligence de leurs propriétaires quelques marais salants s’assèchent actuellement et se transforment en marais doux, puis en prés bas, c’est le cas par exemple des marais Mauviollière, de la Rivière, Doridon et de la Grande Loire
Cela est le fait de bouchages récents liés à des pratiques de chasse (mise en eau douce), à la volonté délibérée de certains occupants des prairies, ou parce qu’aucun travail d’entretien et de remise en eau n’y a été réalisé.
Parfois les mises à sec concernent des marais ayant bénéficié de nombreuses aides publiques. Dans certains cas, des marais sont transformés en bassins d’irrigation par surcreusement mécanique. (comme en Champierreux)
Le cas du Marais Roselieu est représentatif des pratiques d’une certaine époque. Utilisé comme décharge sauvage pendant de nombreuses années et comblé par plusieurs centaines de mètres cubes de déchets, il devrait “théoriquement” pouvoir être nettoyé aux frais du propriétaire sous l’autorité du Maire.

Le rôle des propriétaires
La forte division du foncier des marais salants, le nombre important de parcelles hydrauliques indivises, sont des facteurs de protection par les liens très forts qui existent entre une population et “son” territoire. Ils peuvent devenir limitants pour le développement durable si tous les propriétaires ne s’impliquent pas également dans l’entretien et la remise en exploitation des marais salants.
L’existence d’arrières-pensées spéculatives de la part de certains propriétaires dans des zones pourtant théoriquement protégées montre que des progrès sont encore à faire dans l’information et la communication sur ces zones. Une action d’information spécifique pourrait être menée en direction des propriétaires concernés pour les inciter à exercer leurs devoirs d’entretien et de mise en valeur dans un but d’intérêt général de développement socio-économique de l’île.
La définition culturale du marais salant va sans doute se réaffirmer au fur et à mesure du développement et de la structuration de la profession saunière. Le Syndicat des sauniers de Noirmoutier s’étonne que les statuts actuels du SMAM soient demeurés inchangés depuis leur origine et ne mentionnent pas clairement l’existence de la saliculture. Le Syndicat Mixte, qui souhaite apparaître comme le seul compétent pour l’aménagement du marais, peut-il continuer à fonctionner sans intégrer une instance consultative saunière proportionnelle à l’importance territoriale de cette activité ? La notion d’aménagement est-elle aujourd’hui adaptée pour désigner les fonctions de conservation, de restauration et d’entretiens spécifiques que mérite ce paysage cultural?

Nicolas Garnier, saunier, adhérent de “Vivre l’île 12 sur 12”

Un peu de sel pour l’hiver

Article du Bulletin N° 32

Après plusieurs saisons de récoltes médiocres, l’ été 2002 marque les retrouvailles avec une production proche de la moyenne.

L’ un des facteurs positif a été la bonne gestion des écluses, permettant aux sauniers de faire les meilleures prises d’ eau de mer, indispensables à une récolte fructueuse. Celle-ci s’est étalée de mi-juin à début septembre, avec quelques interruptions pluvieuses début Juillet, début et fin Août. Les pluies de septembre ont conclu définitivement le salange (saison du sel) 2002.

Ces trois dernières années qui ont été particulièrement  difficiles pour les nouveaux sauniers ont fait prendre conscience à chacun  de la fragilité environnementale et économique du métier. Une reconstruction sur de nouvelles bases, tenant compte des  données actuelles est en train de se réaliser à l’ intérieur de la profession, à suivre…

Les sauniers, de plus en plus nombreux, déplorent que le SMAM continue son programme de travaux de curage dans les marais salants sans aucun cahier des charges. Celui-ci serait pourtant indispensable pour un bon respect des besoins et des critères  professionnels. Ce que des générations de  noirmoutrins ont construit et entretenu en plus de dix siècles, la pelleteuse peut le détruire en quelques heures. De nombreux marais salants sont ainsi mutilés de façon irréversible. La conséquence principale à long terme pour le saunier est une baisse très importante de la productivité salicole (donc du revenu ) avec des frais d’entretiens annuels supplémentaires .

Le renouveau de la profession saunière s’ accompagne d’ une “reconnaissance” des différents produits du marais salant qui permet à des sauniers de plus en plus nombreux de pouvoir vivre de leur travail. L’ essor de la vente directe avec une offre diversifiée et de qualité semble accroître la demande chez les visiteurs de notre île.

Par contre, restons vigilant sur l’ origine des produits, certains producteurs, négociants et commerçants n’ appliquent pas la traçabilité : les appellations Fleur de Sel, Fleur de Sel Naturelle, Fleur de Sel de l’ Atlantique ce peuvent cacher des origines diverses Ré Guérande mais aussi le Portugal ou la Réunion. Pour tous ceux qui veulent encourager la profession saunière de l’ île, il est nécessaire de vérifier sur chaque emballage le nom du producteur, celui du conditionneur et l’ origine du produit. C’est l’ une des exigences qui permettra aux sauniers de pouvoir continuer à préserver les 1200 hectares de Marais Salant noirmoutrin.

Le vocabulaire du sel

Article du Bulletin N° 30

Etiers : canaux principaux qui distribuent l’eau de mer dans les réserves des marais.
Errail : contrôle “ancien” des prises d’eau constitué de planches sur champ mises les unes sur les autres.
Branches, réserves, loires : elles servent à amener, stocker et pré-concentrer l’eau de mer pour au moins quinze jours de récolte.
Marais-gât : circuit de chauffe précédant la saline.
Bardeau : passage busé, avec ou sans contrôle hydraulique.
Écours : évacuation du marais, il sert à vider l’eau douce qui s’est accumulée pendant l’hiver.
Tesselier : emplacement préparé pour recevoir le mulon de sel.
Mulon : tas de sel façonné par le saunier qui vient y déposer sa récolte quotidienne avec sa brouette.
Etelle : racloir à long manche pour la récolte.

Profession: saunier

Article du Bulletin N° 30

“Combien faut-il d’œillets pour vivre ? Peut-on vivre uniquement du sel ?”
Récemment, le Conseil de district était appelé à délibérer sur le problème de “l’aide à l’œillet”. Pendant l’échange d’idées qui précédait la décision, un conseiller posa la question :
 “Est-il utile d’aider un saunier qui travaille moins de vingt oeillets ? Une exploitation de cette taille étant insuffisante pour vivre, l’encourager financièrement ne serait-il pas une erreur.”
Nous avons été intrigués par cette question et, lors du marché du vendredi, nous avons Continuer la lecture

Le marais de Noirmoutier

Bulletin N° 24 

Trois ouvrages principaux équipent le marais de Noirmoutier : les écluses du Moulin, de l’Arceau et des Coëfs. Parmi ces trois ouvrages, seul le plus important, l’écluse du Moulin est motorisé ; les autres sont manoeuvrés manuellement.
Ces ouvrages ont plusieurs fonctions : l’évacuation des eaux pluviales, les chasses d’eau pour le désenvasement des chenaux du domaine maritime et les prises d’eau de mer pour les marais salants. Les eaux sont introduites dans les étiers principaux à l’occasion des marées de vives eaux pour être ensuite distribuées progressivement aux marais salants par des ouvrages secondaires dont la gestion est à la charge de chaque exploitant. Les trois ouvrages principaux ne contrôlent qu’une partie du marais. A l’aval de ces ouvrages les marais salants et les établissements conchylicoles s’alimentent directement.
D’autres secteurs du marais sont desservis par des canaux et des ouvrages qui leur sont propres : l’étier de Mullembourg, l’étier des Places au Sud de l’écluse des Coëfs et les polders du Sud de l’île, côté Baie de Bourgneuf .